Programme SBTi : ce que la démarche exige vraiment de la direction informatique
Incidents récurrents, contrats fragmentés, équipements hors support OEM… Découvrez les signaux d’une maintenance data center insuffisante et comment y remédier.
Sommaire
- Ce qu'est la SBTi, et ce qu'elle n'est pas
- Pourquoi le sujet arrive sur le bureau du DSI
- Les cinq étapes d'un programme SBTi
- Le parcours simplifié pour les PME
- Ce que la direction informatique doit produire concrètement
- Les cinq erreurs qui font échouer un programme SBTi
- Questions fréquentessur le programme SBTi
La Science Based Targets initiative (SBTi) est presque toujours présentée comme un sujet de direction RSE. Mais sur le terrain, le dossier atterrit vite ailleurs. Dès que la trajectoire couvre le scope 3, il faut produire un inventaire du parc informatique, des données de consommation et une durée de vie des équipements, le tout sous une forme auditable. Et ces éléments n’existent nulle part ailleurs que dans la direction des systèmes d’information. Voici comment se structure un programme SBTi et ce qu’il demande concrètement à une DSI.
Ce qu’est la SBTi, et ce qu’elle n’est pas
Une validation de trajectoire, pas un label
La SBTi, ou Science Based Targets initiative, valide des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre alignés sur les trajectoires scientifiques issues des travaux du GIEC. Elle n’audite pas l’entreprise, elle examine la cohérence scientifique et méthodologique des cibles soumises.
La nuance a des conséquences pratiques : une trajectoire validée atteste que les objectifs sont conformes à une méthode reconnue, mais pas que l’entreprise les atteindra. Ce que la certification SBTi apporte, en
revanche, c’est un cadre opposable à un client, à un investisseur ou à un donneur d’ordre qui demande des preuves.
Objectifs court terme et net-zéro : deux horizons distincts
Deux cibles coexistent. Les objectifs à court terme portent sur un horizon de cinq à dix ans et engagent sur un rythme de réduction. L’objectif net-zéro vise une réduction de l’ordre de 90 % des émissions à l’échéance 2050, le résiduel étant traité par des absorptions.
Le référentiel de comptabilisation est commun aux deux : le GHG Protocol, qui répartit les émissions en trois scopes. Le scope 1 couvre les émissions directes, le scope 2 celles liées à l’énergie achetée, le scope 3 l’ensemble de la chaîne de valeur, amont et aval.
Pourquoi le sujet arrive sur le bureau du DSI
Le scope 3 fait entrer le parc informatique dans le périmètre
Le scope 3 englobe les achats de biens et services ainsi que les biens d’équipement. Serveurs, stockage, équipements réseau et postes de travail y figurent, avec l’essentiel de leur empreinte concentrée sur la phase de fabrication, avant même leur mise en service.
Concrètement, la direction RSE ne peut pas renseigner ces lignes seule : elle a besoin d’un inventaire du parc, des dates de mise en service, des références précises et des volumes réellement déployés. Ces données, quand elles existent, vivent dans les outils de la DSI.
La pression vient de la chaîne de valeur avant le régulateur
Un grand donneur d’ordre qui fait valider une trajectoire incluant son scope 3 reporte mécaniquement l’exigence sur ses fournisseurs. Le mécanisme est en cascade et il précède largement toute obligation réglementaire directe.
Pour une entreprise de taille intermédiaire, la question se pose donc rarement en ces termes : elle arrive sous forme de questionnaire climat dans un appel d’offres, avec une case à remplir sur la trajectoire de décarbonation. La CSRD structure par ailleurs le reporting extra-financier européen, et un dossier SBTi correctement construit alimente directement cette obligation.
Ce que la nouvelle version du standard change en matière de preuve
La version 2.0 du Corporate Net-Zero Standard, finalisée par la SBTi en 2026 et dont l’application obligatoire est annoncée pour le 1er janvier 2028, déplace l’exigence de l’ambition vers la démonstration. Trois évolutions concernent directement la production des données
- La vérification par un tiers indépendant devient requise sur les données d’émissions, à un niveau minimal d’assurance limitée ;
- Un plan de transition formalisé doit accompagner les objectifs, avec actions, jalons et hypothèses explicites ;
- Des revues de performance périodiques remplacent la logique de validation ponctuelle.
Pour une DSI, cela signifie qu’un tableur reconstitué à la demande ne suffira plus. L’inventaire doit être tenu, daté et traçable au fil de l’eau.
Les cinq étapes d’un programme SBTi
| Étape | Ce qu’elle produit | Point de vigilance |
|---|---|---|
| 1. Engagement | Lettre d’engagement signée par la direction générale, publication du statut sur le tableau de bord public de la SBTi | Le délai de soumission des objectifs est de 24 mois. Un dépassement fait basculer le statut en engagement retiré, plus visible qu’une absence d’engagement |
| 2. Inventaire et définition des cibles | Année de référence consolidée sur les scopes 1, 2 et 3, choix de la méthode, calcul des objectifs | C’est la phase la plus longue et celle qui échoue le plus souvent, faute de données exploitables sur le scope 3 |
| 3. Soumission | Dépôt du dossier via le portail de la SBTi, avec paiement des frais de validation | Les frais diffèrent selon le parcours suivi, standard ou simplifié |
| 4. Validation | Examen par un évaluateur principal, puis avis indépendant d’un second expert | Compter quelques semaines, à condition que le dossier soit complet dès le dépôt |
| 5. Publication et suivi | Publication des objectifs validés sur le tableau de bord, communication encadrée par la SBTi | La publication intervient dans un délai fixé après validation, avec possibilité d’embargo |
Le parcours simplifié pour les PME
La SBTi a ouvert une procédure allégée destinée aux petites et moyennes entreprises. Elle supprime la lettre d’engagement, réduit les frais de validation et propose des objectifs standardisés, ce qui raccourcit sensiblement le parcours.
Quatre critères d’éligibilité encadrent l’accès à ce parcours :
- Des émissions cumulées sur les scopes 1 et 2 inférieures à 10 000 tonnes équivalent CO₂ par an ;
- Un effectif inférieur à 250 personnes ;
- Un chiffre d’affaires sous 50 millions d’euros ; et
- Un total de bilan sous 25 millions d’euros. Certains secteurs à exigences spécifiques en sont exclus.
Ce parcours répond au cas de figure le plus fréquent : une entreprise qui subit la pression de ses donneurs d’ordre sans disposer d’une équipe dédiée. Les critères précis et les frais applicables sont à vérifier directement sur le site de la SBTi, qui les met à jour régulièrement.
Ce que la direction informatique doit produire concrètement
Un inventaire du parc auditable
L’inventaire attendu dépasse la liste des actifs. Il doit associer à chaque équipement sa référence, sa date de mise en service, son statut de support et son affectation. Sans date de mise en service, aucun calcul d’amortissement carbone n’est possible.
La difficulté n’est pas de constituer cet inventaire une fois, mais de le tenir. Un parc évolue en permanence, et un inventaire figé perd sa valeur probante dès le premier trimestre.
Les données de consommation et de cycle de vie
Deux jeux de données complètent l’inventaire : la consommation électrique des équipements et des salles, qui alimente le scope 2 ; et la durée de vie effective des matériels, qui conditionne l’amortissement de leur empreinte de fabrication sur le scope 3.
Ce second point est celui que les directions RSE sous-estiment le plus. Allonger la durée d’usage d’un équipement répartit en effet son empreinte de fabrication sur davantage d’années, ce qui améliore le ratio sans exiger le moindre changement de matériel.
Les leviers de réduction réellement disponibles sur l’IT
Trois leviers produisent un effet mesurable et ne supposent pas de refonte d’infrastructure :
- L’allongement de la durée de vie des équipements encore dimensionnés pour leur charge, par tierce maintenance au-delà du support constructeur.
- L’intégration d’équipements reconditionnés certifiés sur les segments où la contrainte de disponibilité le permet, ce qui évite le déclenchement d’un cycle de fabrication.
- L’optimisation des salles : densification, confinement des flux d’air, arrêt des zones refroidies pour quelques équipements résiduels.
| Ce qu’il faut retenir Un programme SBTi se joue sur la qualité des données avant de se jouer sur l’ambition des objectifs. La DSI détient les trois jeux de données que personne d’autre ne peut produire : inventaire du parc, consommation, durée de vie effective des équipements. Les faire remonter sous une forme tenue et datée conditionne l’ensemble du dossier. |
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Les cinq erreurs qui font échouer un programme SBTi
Les causes d’échec sont documentées et se répètent d’une entreprise à l’autre.
- S’engager avant d’avoir évalué la faisabilité. La lettre d’engagement déclenche un compte à rebours public de 24 mois, sans que rien n’oblige à la signer en premier.
- Sous-estimer le scope 3. Il concentre la majorité des émissions dans la plupart des secteurs, et c’est la partie sur laquelle les données manquent.
- Confier le pilotage à un profil sans mandat. Un programme SBTi arbitre des investissements et des priorités d’achat, ce qui suppose un relais en comité de direction.
- Traiter la donnée comme un exercice ponctuel. La nouvelle version du standard impose une vérification tierce et un suivi périodique, incompatibles avec une collecte reconstituée à la demande.
- Séparer la trajectoire climat de la stratégie d’infrastructure. Les décisions de renouvellement de parc engagent l’empreinte pour cinq à dix ans, bien au-delà de l’exercice budgétaire qui les décide.
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